Sequana


Entre gestes artisanaux et production mécanique, Sequana rend hommage à la déesse mythologique dont elle porte le nom. Composée à partir de détails de peintures à l’huile réalisées par Margaux Desombre, cette tapisserie déploie une interprétation abstraite et mouvante de la Seine.
Ces fragments picturaux ont été traduits dans un premier temps par l’artiste en image numérique, puis patiemment tissés, nœud après nœud dans les ateliers de Néolice, au sein de la Manufacture Robert Four Aubusson.
L’artiste est ensuite intervenu à nouveau sur la pièce au sein de son atelier, rehaussant des zones de broderies manuelles lentement intégrées au tissage.

Sequana
2025
Tapisserie et broderies manuelles
Divers fils (coton, coton mercerisé, acrylique, laine, laine-acrylique, polyester, viscose-polyester, mohair)
350 x 168 cm

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Conception → Margaux Desombre
Commanditaire → Praemia REIM France
Direction artistique et production → Manifesto
Crédit vidéo et photo → Pauline Gouablin
Création sonore → Nicolas Zuber (Des Vagues)
Réalisation → Néolice, Robert Four Aubusson
Broderies main → Margaux Desombre

→ crédit © Margaux Desombre, Pauline Gouablin pour les images, Nicolas Zuber (des Vagues) pour la conception sonore
2026

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La Seine comme protagoniste à travers les reflets de son histoire symbolique et territoriale.

Composée à partir d’extraits de peintures d’eau, Sequana propose une représentation non figurative de la Seine, centrée sur ses reflets. En travaillant l’abstraction, l’œuvre s’éloigne de la tradition paysagère pour évoquer le fleuve comme une entité vivante, dotée d’une subjectivité propre.

Les reflets agissent ici comme des miroirs instables, déformant le visible et ouvrant sur une lecture plus sensible et poétique du fleuve — non plus comme décor, mais comme présence.

Le titre fait référence à la déesse celte Sequana, suggérant une continuité entre mythe, matière et mémoire.
Ce regard s’inscrit dans une réflexion contemporaine sur les droits de la nature : dans plusieurs pays, des fleuves ont acquis une personnalité juridique. Sequana s’inscrit dans ce contexte, en proposant, par le langage de la peinture, une reconnaissance symbolique du fleuve comme sujet.

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Ex-voto en étrier
→ crédit © Musée archéologique de Dijon/François Perrodin
Technique : Calcaire - Date : Époque gallo-romaine, 2e siècle - Dim : Hauteur 16,3 cm ; Longueur 15,5 cm - Provenance : Don Henry Corot, 1954, Sources de la Seine. Ce type d’ex-voto n’est connu qu’aux Sources de la Seine

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L’œuvre Sequana interroge la possibilité de représenter un fleuve sans le réduire à un motif ou à une surface.

Composée à partir de fragments de peintures d’eau, elle s’affranchit de la figuration pour proposer une approche abstraite, sensible, fragmentaire.
Le fleuve n’y est pas montré dans sa totalité, mais ressenti à travers ses reflets — ces modulations instables qui déforment le visible et nous renvoient à une expérience du réel plus ambivalente, plus profonde.

Le processus de création imaginé pour cette pièce fait écho aux recherches plastiques de l’artiste par son caractère ondoyant et sa relation à la lumière, dans une filiation sensible avec l’impressionnisme que ses travaux récents laissent affleurer.

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Les Nymphéas
Claude Monet, Musée de l’Orangerie → crédit photographique © Camille Gharbi

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Dans l’histoire de l’art occidental, le fleuve a longtemps été représenté comme un élément du paysage, inscrit dans un système de perspective, de hiérarchie visuelle et de domestication symbolique.

En s’attachant aux reflets, Sequana choisit une tout autre logique : celle du miroitement, du trouble, du flux, afin de se dégager d’une vision anthropocentrée. Le reflet, en tant que figure théorique, déstabilise le lien entre image et réalité. Comme le souligne Georges Didi-Huberman, « ce que montre le reflet, ce n’est pas l’identité du monde, mais sa diffraction. »

Le miroir d’eau est un opérateur de subjectivation : il ne reproduit pas, il transforme.

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Narcisse,
le Caravage, vers 1598-1599, Huile
sur toile, 113,3 × 94 cm‍ ‍

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Ce processus de transformation ouvre à une hypothèse poétique et politique : et si le fleuve n’était pas seulement un objet de regard, mais un sujet en soi ?


Dans le titre de l’œuvre, Sequana, affleure la figure de la déesse celte, protectrice de la source de la Seine. Cette invocation n’est pas anecdotique. Elle s’inscrit dans une démarche de réactivation mythologique, où les entités naturelles sont pensées comme dotées d’agentivité, à rebours de la vision moderne naturaliste qui les réduit à des ressources inertes. Cette réinvention du statut du fleuve résonne aujourd’hui avec les débats contemporains autour du droit de l’environnement.
Dans plusieurs pays (Nouvelle-Zélande, Colombie, Inde), des fleuves se sont vu reconnaître une personnalité juridique propre, inscrivant dans le droit une forme de reconnaissance symbolique et politique de leur autonomie. Le philosophe Baptiste Morizot parle à ce propos de la nécessité de « faire place aux puissances du vivant dans nos institutions », en les pensant non comme objets de gestion, mais comme sujets de droit.

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Extrait de l’iconographie
→ crédit © Margaux Desombre, 2025

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L’altérité au centre de l’œuvre .



Ici on ne cherche pas à représenter la Seine telle qu’elle est, mais à créer un espace de rencontre entre une subjectivité humaine (celle du regard, du geste pictural) et une subjectivité fluviale (celle des reflets, des rythmes, des transformations). L’abstraction picturale devient ainsi un langage possible pour approcher cette altérité mouvante.

Dans cette optique, Sequana se situe à la croisée de plusieurs traditions : l’abstraction sensible des avant-gardes picturales, les cosmologies non occidentales où les fleuves sont des ancêtres ou des entités sacrées, et les revendications écopolitiques actuelles autour d’un élargissement du champ des droits. Ne pas figer le résultat dans une image fixe ouvre le récit, permet de raconter, de tisser les fils entre les champs de recherches. En donnant à voir une personnalité du fleuve — à travers la variation, la matière, la couleur — l’œuvre propose une autre forme de représentation : non mimétique, mais relationnelle.

En transposant l’image picturale en un objet tissé, la pièce conçue par l’artiste se veut fragmentaire, composite, instable :La technique de la tapisserie, par essence, est une technique d’interprétation : l’artiste fabrique une image composée d’un catalogue d’iconographies assemblées. Ce sont ces images, combinées numériquement, par collage, par soustraction et filtres qui seront ensuite soumis à l’interprétation de l’atelier de tissage. Là aussi, il est question de variations, de collaborations et d’un nouveau langage.

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Photographie de la réalisation
Métier à tisser Néolice, → crédit © Pauline Gouablin, 2025

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En assemblant et transformant ces effets de matières comme autant de variables composant l’élément eau, l’artiste conçoit une image de la Seine, ou plutôt de son essence.

L’eau est évoquée dans cette image par ce qui la constitue : ses ondulations, ses profondeurs et miroitements.

L’élément eau n’est réel que par sa coexistance avec l’air, la lumière et les autres éléments. Dans une abstraction maîtrisée, l’image proposée joue sur cette définition de l’instabilité de la matière.

Clin d’œil à l’œuvre de Monet un astre blanc se reflète dans l’eau.
Sous la forme d’un bandeau blanc fin, seul l’horizon qui divise la composition replace le visuel dans une figuration. Elle ne cherche pas à représenter la Seine telle qu’elle est, mais à créer un espace de rencontre entre une subjectivité humaine (celle du regard, du geste pictural) et une subjectivité fluviale (celle des reflets, des rythmes, des transformations). L’abstraction picturale devient ainsi un langage possible pour approcher cette altérité mouvante. Le fleuve, non plus comme décor, mais comme partenaire.

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Soleil couchant sur la Seine à Lavacourt, effet d’hiver
Claude Monet, 1880, 100 x 150 cm

Vous souhaitez en savoir plus ?

La première tapisserie est installée dans les locaux de l’immeuble Seine, elle est accessible au public sur rdv : si vous souhaitez effectuer une visite , merci de remplir le formulaire ci-joint.

Pour la production d’une seconde édition, je suis à la recherche de partenaires (métiers d’Art, architectes, commanditaires, etc…) Je serais ravie d’en discuter avec vous. N’hésitez pas à m’écrire.